Mon expérience en IEF

En février 2015, après presque 5 ans de problèmes à l’école qui s’aggravaient au fil du temps malgré l’accompagnement psychologique et médical dont mon fils bénéficiait en-dehors, j’ai décidé de l’extirper de l’Education Nationale en toute illégalité.

J’étais totalement consciente de ce que je faisais et j’avais prévu les retombées qui n’ont pas manquées de tomber, avec mon avocate.

 

J’étais déjà, alors, sous le coup d’une « Information Préoccupante » à mon encontre pour avoir émis l’idée de prendre cette décision au cas où l’école ne trouverait pas de solution qui permettrait à M. d’être bien à l’école et d’accepter l’écrit (il était inévaluable depuis la moyenne section).

Je l’ai fait, dans le but de protéger mon fils physiquement (l’école me l’a perdu à plusieurs reprises et avait déjà manqué à son rôle de prévenir les parents en cas de problème de santé) mais aussi psychiquement (des propos tenus par mon fils, clairement inhabituels et très inquiétants dans la bouche d’un enfant de 7 ans m’ont été rapporté 3 semaines après, sans compter les rabaissements continuels qu’ils subissaient de la part des professeurs, les mises à l’écart systématiques dès l’arrivée en classe, la non prise en compte du bilan psychologique et ce que je subissais moi-même de leur part).

 

Bref, la goutte d’eau fut l’égarement de mon fils un soir où il aurait dû rentrer avec sa sœur … Ce soir-là, j’ai récupéré mon fils (heureusement !!!) seul et agar sur le chemin de l’école … La nuit tombait … La personne en charge des sorties ne savait pas où il se trouvait alors qu’il venait de sortir …

 

1-    Au niveau administratif :

Ce fut rigoureux, car comme j’étais dans l’illégalité (le père contre ma décision), il a fallu, tout d’abord, que je me protège et que je prouve, lors des visites et des rencontres avec l’Assistante Sociale que j’étais une bonne mère, que mon foyer était propre, que je savais prendre soin de mes enfants physiquement et psychiquement, et que je savais ce que je faisais … Bref, que je n’étais pas folle.

Je ne vous raconte pas le stress dans lequel j’étais à la 1e visite chez mon avocate !!! J’en suis ressortie toute rangée !! En réalité, mon Avocate a décortiqué tout ce que j’avais à faire pour qu’on me laisse tranquille et que j’inspire confiance.

La magie a résidé dans un gros dossier qui était bien construit : l’histoire de mon fils (liée à celle de 2 parents qui se déchirent bêtement), les relations avec l’école qui m’ont conduites à prendre ma décision ; les relations avec le père qui m’ont conduites à me passer de son accord ; la pédagogie choisie pour mon fils et le but de cette IEF; une FAQ dédiée à l’IEF avec des liens et des ressources officielles ; la paperasse administrative de déclaration ; puis toute l’historique médicale de M. avec les différents bilans passés et les noms des structures, médecins et psy qui s’étaient occupés de son cas.

J’ai dû éplucher tous les cahiers de Matthieu, conserver les échanges sur le cahier de liaisons, imprimer de nombreux mails …

Bref, en 2 semaines à temps complet, j’ai réussi à le boucler.

Il s’est évidemment étoffé au cours du temps et j’ai fini par en faire un double afin de conserver toujours avec moi les originaux et permettre aux praticiens ou Assistantes sociales de le conserver.

 

Le père étant contre l’IEF, je n’ai pas eu le droit d’avoir un contrôle que je souhaitais pourtant … Mais qui finalement m’a permis de prendre le temps avec mon loulou pour le ramener doucement mais sûrement vers l’écrit et tout ce qui en découle …

Parfois le système est en parfaite incohérence avec lui-même !!! Mais bon, hein, c’est comme ça …

 

Puis, un jour, j’ai reçu une lettre m’invitant à me présenter devant le Juge aux Affaires Familiales pour justement ça … Un an après quasiment !!! J’ai ri jaune, mais j’ai ri quand même !!

J’avais tout ce qu’il fallait ou presque pour prouver ma bonne foi.

Le jour J est venu et après une confrontation qui pour moi était extrêmement difficile à vivre, un sursis m’a encore été donné !! La Juge a réclamé une expertise psychologique …

Nous avons bien attendu 6 mois avant de pouvoir prendre RV et le début de la dernière année d’IEF était arrivé ! Cette expertise a été pour moi et mon fils d’une violence incroyable !!! J’ai vu une experte à la Cour hurler (je n’exagère pas du tout, c’est bien le mot), contre moi devant mon fils à la limite de m’insulter … J’ai compris, lorsqu’elle m’a appris avoir reçu le père de mes enfants avant moi … « Jugée avant même de m’avoir vu sur les propos du père de mes enfants qu’elle n’a pas jugé bon de vérifié en m’accusant de vouloir la manipuler justement !! ». Le système est vraiment parfois pourri par quelques personnes de ce genre. Madame, si vous vous reconnaissez, chapeau bas pour votre manque de professionnalisme qui, dans votre métier est terriblement dangereux !

Quelques mois plus tard, je recevais les conclusions de son expertise que je n’ai même pas pu finir de lire moi-même. C’est mon compagnon qui me l’a lu et en a extrait ce que moi, je ne pouvais pas voir … Je me suis sentie littéralement lapidée par cette personne.

 

Le temps est passé, le père a eu des demandes assez originales en leurs genres (demander l’autorité parentale entière sans demander la garde) pour le nouveau passage devant le JAF !! le jugement final a été rendu alors que l’année scolaire se finissait. Obligation pour M. d’intégrer une structure adaptée et pour les parents, une sorte de mise à l’épreuve : c’était Monsieur qui avait le dernier mot sur la scolarité et la santé de M. … J’étais ébahie et bien évidemment, j’ai fait appel … Mon avocate m’a rassurée une fois de plus. Et elle a eu raison.

Matthieu n’a pas pu intégrer de structures fautes de place et il a réussi avec brio l’examen d’entrée en 6e dans un collège normal !!!

 

En 2017, j’ai fait une demande de reconnaissance de handicap (seule pour faire les papiers encore une fois) qui fut accepté et reconnue de 50 à 75% … Je sais que ce « handicap » est passager, il restera avec ses particularités comme tout être humain. En attendant, je profite d’un système mal fait quoi que …

Bien évidemment, j’ai continué les inscriptions moi-même, à l’emmener chez la pédopsychiatre, les professionnels qui l’accompagnaient dans sa rééducation en ne comptant que sur moi-même. Seuls mes parents m’ont aidé à payer les frais engendrés par tout ça …

L’appel m’a permis, il y a un an de retrouver mon autorité parentale normale. Mais j’ai quand même dû tout payer (frais de mon avocate) …

 

2-    Ma vie en IEF :

J’ai pratiqué avec Matthieu l’IEF, pendant 2 ans et demi et mon aînée teste son année de 3e, par le CNED, actuellement. J’ai donc des ressentis différents.

Pour M., c’était un véritable saut dans le vide. J’avais la chance de prendre des enfants en ateliers qui avaient à peu près le niveau scolaire dont il avait besoin pour se révéler.

Il m’a poussé à fabriquer du matériel, à me former plus loin dans ma pratique de la pédagogie Montessori. Il a un peu été mon enfant testeur !!

J’ai pu aussi voir mes propres limites, mes peurs mais aussi l’obligation au final de respecter ce que d’autres voulaient : le voir retourner à l’école. Il était important pour moi aussi, malgré nos différents, que le père puisse s’y retrouver aussi. Le fait est, qu’il ne m’a jamais demandé où j’en étais malgré mes invitations …

 

Les 6 premiers mois, j’ai laissé M. faire exactement comme il le voulait. Je l’observais, je tentais des approches par des jeux, par le biais des ateliers. C’était pour moi, du Unschooling sans l’avoir vraiment choisi.

Quel bonheur de ne plus avoir de compte à rendre à l’école, de ne plus avoir à crier dès le matin !!

Une bonne grosse partie de nos angoisses à tous les 3 se sont envolées.

A la rentrée 2015-2016, les cahiers de vacances sont apparus afin de me guider dans les programmes un peu mieux. C’était comme un support rassurant pour moi. Le CP-CE1 et le début du CE2 ont été revus cette année-là … Bien entendu, le réseau de professionnels autour de M. et les ateliers Montessori ont eu une grande incidence dans la réussite de cette année !! Un jour, en rentrant d’une séance d’hypnose, alors que je préparais à manger, M. a écrit pendant 20 mn !!!!!!!!!! Un an après être sorti du système scolaire. Puis, lors des ateliers, il a voulu montrer aux plus petits comment écrire (il savait mais ne voulait pas le montrer). J’ai acheté une autre méthode pour le Français, de manière à assimiler mieux et plus vite la conjugaison et l’orthographe car je n’avais pas tout le matériel nécessaire en Montessori. Je fus extrêmement surprise de voir mon fils réclamer tous les jours la partie de l’histoire et ses exercices !! C’était devenu la lecture du soir et un vrai plaisir !!!

Bon, j’avoue qu’il fallait le pousser un peu pour faire ses exercices, mais avec l’aide du psychomotricien et les idées de Brain Gym, il a trouvé tout seul comment réguler ses émotions et son besoin de bouger, sa concentration … Il a inventé une sorte de chorégraphie qu’on s’amusait à faire parfois ensemble !! Partie de rire assurée surtout quand c’était fait les yeux fermés !!

 

Nous avons eu avec le rendez-vous chez le JAF, le droit d’être enfin contrôlé par la DASEN ! Ce fut assez tranquille, je les avais préparé au refus d’écrire de mon fils, j’avais mon dossier avec moi … Ils ont bien acté qu’il n’avait qu’un niveau de CE2 à l’âge où il aurait dû être en CM1 mais au moins, et pour la 1e fois depuis 6 ans, il était évaluable !!! Il avait accepté de faire tout ce qu’on lui demandait et j’ai même découvert qu’il lisait plutôt bien !!

 

L’année 2016-2017, a été plus difficile car les apprentissages étaient beaucoup plus complexes et l’épée de Damoclès levée par le père avec le Jugement + l’entrée en 6e l’année d’après. Moi qui ne savais plus faire de division avant ma fin de formation (le stress, manque de confiance, mauvaise connaissance de mes tables de multiplication). J’ai pu faire comprendre assez facilement à mon fils comment faire et réapprendre moi-même tranquillement !! Merci Maria Montessori !!

Cette année-ci, M. a tout rattrapé la fin du CE2, CM1 et CM2 !!

Et lorsqu’il a passé le test dans un collège qu’il ne connaissait même pas (nous devions encore déménager) et après plus d’une heure de route, il a réussi son test haut la main ! Une AVS était présente pour le rassurer.

 

La vie n’était pas facile tous les jours, mais le fait est qu’un mois après avoir commencé l’IEF, la tension a diminué au sein de la famille. J’ai pu me concentrer par la suite sur l’amélioration des relations avec le père sans le faire changer lui mais en commençant par moi-même. Mon compagnon et mon avocate m’y ont beaucoup aidé. La première étape a été une phase de coupure de toute communication verbale. Les revirements ont pu être prouvés. Les crises de nerfs ont donc cessés immédiatement à chaque fois qu’on se voyait pour les enfants.

 

Malgré tout, ces années ont été d’une richesse infinie, à la découverte de moi-même et d’un autre style de vie à laquelle je n’avais jamais songé avant d’avoir des enfants.

Si c’était à refaire, je crois qu’il n’y a rien que je changerais si ce n’est que j’aurais aimé avoir la possibilité de faire plus de sorties avec mes enfants en compagnie d’autres enfants et être un peu moins stressée par les attentes des autres.

 

Pour l’année scolaire 2018-2019, Emma a choisi et ce avec l’accord de son père, ce mode d’instruction. Je crois que le changement de collège a été problématique. J’avais prévenu ma fille que cette année je ne serais que très peu présente préparant l’ouverture d’une école Montessori avec d’autres personnes qui a dû finalement fermer ses portes 1 mois après son ouverture (je passe les détails). Mais aussi, de par mon double projet : mener mes activités en présentiel à un seuil de rentabilité correcte et démarrer l’infoprenariat sur le net.

Emma avait l’air hyper motivée depuis plus de 6 mois, elle savait que je serais peu présente. Avec le soutien de mes parents, elle a pu se lancer.

Elle a reçu ses cours très tard : début novembre 2018 …. Il a donc fallu dès réception établir un calendrier très serré. Actuellement, elle arrive à renvoyer environ 3 contrôles hebdomadaires … Je suis dans l’obligation de la booster sinon, elle abandonne vite. J’ai cru que, dans certaines matières, elle aurait totalement besoin que je sois présente et au final, non ! Une fois le déclic fait, elle continue sur sa lancée en autonomie !

Oui j’ai peur comme tous les parents, qu’elle gâche une année. Mais, au fond de moi je sais aussi qu’on apprend bien mieux de ses erreurs plutôt que de suivre ce que notre entourage nous préconise. Je me dis, qu’au pire, elle redoublera … Elle sait ce qu’elle risque.

Donc, si mon planning est bien fait et les devoirs envoyés régulièrement, je suis assez tranquille en journée. Bien évidemment, je suis obligée de passer du temps avec elle sur les corrections des devoirs, réexpliquer les choses qu’elle n’a pas réussi, parfois même lui refaire faire certains devoirs qui me semblent vraiment peu approfondis.

Cette année n’est pas idéale pour l’IEF car je dois me consacrer pleinement à mes activités professionnelles et les faire décoller très rapidement. Ce qui veut dire moins de temps et quasi-impossibilité de lui faire faire des sorties. Mais ma grande, fait déjà 3 activités par semaine donc, c’est quand même pas mal et tous les 15 jours nous nous retrouvons à 7 (2 adultes et 5 ado !!).

 

3-   Conclusion personnelle

Ce que je retiens en tous cas de ces années d’expériences, c’est que c’est principalement le jeu, les activités du quotidien, les ressources vidéo du net, les sorties et les interactions avec des enfants d’âges différents qui ont permis à mes enfants d’acquérir ou de renforcer certaines de leurs connaissances.

Je sais aussi que notre relation s’en est vue nettement améliorée.

 

 

C’est une expérience merveilleusement enrichissante et qui peut être vécue avec bien plus de sérénité que ce que j’ai pu vivre avec mon fils, quand les parents sont en accord. On a tous à y gagner parents comme enfants. Mais, il faut que cela reste un choix et un plaisir pour chacun !